


Tout le film est donc un combat permanent et déchirant contre ses propres désirs et ses propres aspirations. Pourquoi en effet cette idée ridicule selon laquelle il faut à tout prix faire parti du moule de la société ? Sommes nous si homogènes que cela pour devoir vivre dans un milieu où chacun s'habille et vit de la même manière ? Frank et April ont compris tout cela. Malheureusement, la pression de cette société matérialiste est si étouffante qu'elle les mènera droit au désespoir. Frank sera comme "intégré" : pourquoi partir pour l'inconnu quand on a le confort d'un bon salaire et d'un statut respectable ? April se désintégrera sous les yeux de son mari et de ses voisins, où chacun est capable de percevoir le malaise ambiant de l'autre (ce qui exclue de leur venir en aide). Le porte-parole intérieur, ou ce qui peut être considéré comme leur conscience, est incarné par un retardé d'esprit en droit d'être considéré pour "fou" par les uns, mais au bout du compte pour le "bienheureux solitaire" par les autres, ceux qui aspirent intérieurement à cette même marginalité. Son sort étant tout droit tracé (un malade mental), il n'hésite donc pas à crier sans vergogne les fissures saignantes de cette Amérique putréfiée d'hypocrisie qui n'hésite pas à utiliser le malheur des uns pour en faire le bonheur des autres. Ce déchirement, véridique et incontestable, fait peur et Revolutionary road ne manque pas de le faire rappeler notamment avec la scène de fin, d'une audace inouïe. On ressort de la salle sans plus trop quoi penser, quoi faire. Existe t-il une solution pour vivre notre propre vie sans pour autant nuire notre relation à l'Autre ? La réponse repose sur le fil du rasoir. Sam Mendes a produit ici un film époustouflant de vérité et de complexité, qui ne serait sans doute rien sans le jeu exceptionnel de Léo et Kate. Loin d'être simple, Revolutionary road nous invite à réfléchir et à faire état des lieux de nos vies. Le constat peut-être rassurant... comme il peut-être très démoralisant.